ENGAGÉ·ES

Rêv’Elles, l’association au service de tous les potentiels !

 


Athina Marmorat est la fondatrice de Rêv’Elles, une association qui souhaite élargir les perspectives professionnelles des jeunes femmes de milieux modestes à travers des programmes d’aide à l’orientation innovants.

 

Le site : http://www.revelles.org

 

Pouvez-vous présenter votre parcours et la naissance de Rêv’Elles ?

Athina Marmorat : Avant de créer Rêv’Elles, je travaillais comme formatrice et consultante en innovation pédagogique pour des associations et des fondations. J’intervenais beaucoup en classe dans les quartiers prioritaires de la ville (QPV), où j’animais des ateliers sur le projet professionnel, la connaissance de soi, les savoirs-être et les codes de l’entreprise. Après avoir interrogé certaines élèves sur le métier qu’elles souhaiteraient exercer, trois professions revenaient souvent : assistante de direction, secrétaire, puéricultrice. Les jeunes filles faisaient ces choix de métier simplement parce qu’ils étaient présents dans leur environnement social et familial. Par exemple, elles ne rêvaient pas d’être architecte parce qu’autour d’elles, il n’y avait aucune femme architecte. C’est pour cette raison que nous parlons essentiellement chez Rêv’Elle d’égalité des rêves avant même de parler de l’égalité des chances. Il y a un manque de Rôles Modèles pluriels féminins. Un Rôle Modèle, c’est une femme qui est épanouie dans son métier. Je me suis donc dit qu’on allait créer un programme pour les filles faisant intervenir des femmes Rôles Modèles. Il fallait les accompagner à apprendre à mieux se connaître et travailler essentiellement sur trois objectifs : la confiance en soi, l’ouverture des champs des possibles et la capacité à agir au service de son projet. C’est comme cela qu’est née l’association.

 

C’est pour cette raison que nous parlons essentiellement chez Rêv’Elle d’égalité des rêves avant même de parler de l’égalité des chances.

 

Quelles sont les problématiques spécifiques rencontrées par ces jeunes filles ?

Ces jeunes filles, âgées entre 14 et 17 ans, sont, pour la majorité, résidentes dans les quartiers prioritaires de la ville. Beaucoup sont issues de milieux plutôt modestes. Ces jeunes filles sont confrontées àun triple déterminisme, à la fois social, de genre et de territoire. Elles ont aussi des freins sur tout ce qui est autour des De plus, ces jeunes filles ont peu d’endroits dans les quartiers où se retrouver en sécurité. Un chiffre me marque toujours : 83 % des équipements sportifs dans les quartiers prioritaires de la ville sont dédiés aux garçons. Aussi, la précarité touche particulièrement ces jeunes femmes, le taux y est particulièrement élevé. Les difficultés rencontrées dans leur choix d’orientation vont du manque d’accès à l’information, de réseaux, au manque d’accès à des Rôles Modèles pluriels jusqu’au manque de méthode et d’outils pour construire un projet professionnel.

 

 « Ces jeunes filles sont confrontées à un triple déterminisme, à la fois social, de genre et de territoire ».

 

Vous avez fait le constat que ces jeunes filles avaient presque toujours les mêmes ambitions professionnelles, comment travaillez-vous sur cette problématique ?

 Nous faisons intervenir des femmes Rôles Modèles en capacité de partager leur parcours, les difficultés qu’elles ont rencontrées et comment elles les ont surmontés. Elles vont créer cette proximité avec les jeunes filles qui vont pouvoir se dire « d’accord, si elle a réussi, moi aussi je peux le faire ! ». Rêv’Elles est un projet qui parle aux femmes, on a toutes eu 16 ans. Elles savent que ce n’est pas un âge facile, elles ont donc envie d’aider celles qui pourraient être leur petite sœur ou leur fille. Il y a cet esprit de sororité dans le projet Rêv’Elles.

 

 

 Le bailleur social 3F est partenaire de votre association, pourquoi et comment est née cette collaboration ?

 C’est une collaboration née d’une rencontre avec Sabrina Nadji, chargée de mission cohésion & innovation sociale chez 3F, et qui porte le projet en interne. Sabrina est venue participer au jury comme Rôle Modèle, un programme qui permet aux jeunes filles de construire un projet d’orientation sous le regard bienveillant de professionnelles. Je pense que, comme beaucoup de femmes, elle a été touchée et elle a vu tout de suite les passerelles entre nos missions et les projets portés par 3F. Cette collaboration est pertinente parce que le public de Rêv’Elles est aussi le public de 3F, dans le sens où de nombreuses adhérentes résident dans des logements sociaux.

 

Ce partenariat ne se limite pas au mentorat de compétences, comment allez-vous plus loin avec 3F ?

En effet, au-delà du mentorat de compétences, qui est une occasion d’impliquer des collaboratrices 3F comme Rôle Modèle, il y avait l’opportunité de connecter le projet Rêv’Elles avec le cœur de métier de 3F, le logement. Celui-ci devient vite très important dans le cadre d’un projet professionnel. Par exemple, une jeune fille vivant en Ile-de-France qui veut faire ses études à Marseille doit pouvoir se loger sur place. Or, on constate souvent, pour des raisons de coût ou de manque d’informations, que le projet est abandonné alors même que ces jeunes filles sont éligibles à l’attribution d’un logement social. Notre idée avec 3F, c’est donc d’aller plus loin, et d’accompagner les jeunes filles sur les aides au logement. En faisant cela, nous levons des freins à la construction de leur projet professionnel.

 

 « Notre idée avec 3F, c’est donc d’aller plus loin, et d’accompagner les jeunes filles sur les aides au logement. En faisant cela, nous levons des freins à la construction de leur projet professionnel ».

 

Quelles sont les autres actions de 3F pour vous aider à développer les missions de Rêv’Elles ?

Un des premiers volets du projet, c’est la mobilisation de jeunes filles sur le territoire de l’Essonne. 3F va nous accompagner à identifier des jeunes filles notamment en nous mettant en relation avec des associations, des structures locales avec lesquelles 3F travaille, ce qui nous permet d’avoir un ancrage territorial. Second volet, la possibilité pour 3F de montrer la diversité de ses métiers avec l’organisation de journées « Rêv’Elles-Moi Ta Vie De… » pour permettre à ces jeunes filles de découvrir un ou plusieurs métiers 3F. Il y aussi la participation de collaboratrices de 3F au jury des Rôles Modèles qui a lieu à chaque  journée de clôture du parcours Rêv’Elles et qui offre la possibilité aux jeunes filles de présenter leur projet d’orientation devant de vraies professionnelles.

 

>>> Envie d’en savoir plus sur celles et ceux qui s’engagent avec 3F ? D’autres portraits à lire ici !

 

Que retenez-vous des premiers retours d’expériences de ces jeunes filles mais aussi de ces femmes bénévoles ?

 Il y a beaucoup d’enthousiasme ! Déjà quatre collaboratrices ont participé au jury et on a organisé deux journées « Rêv’Elles Moi Ta Vie de » au sein de 3F. Tout s’est bien passé, ce sont de beaux moments de rencontres et de partage. Pour les collaboratrices, c’est une bouffée d’inspiration et cela crée un sentiment de fierté. Sabrina Nadji, qui porte le projet au sein de 3F, a su fédérer en interne autour de cette initiative. C’est très précieux d’avoir des ambassadrices qui nous font confiance.

 

 Des projets pour la suite ?

 Rêv’Elles est lauréate de l’AMI, (appel à manifestation d’intêret) de Tramplin Asso qui dépend du ministère de la Cohésion Sociale et des territoires et, grâce à son soutien financier, nous allons pouvoir essaimer Rêv’Elles à Lyon. Nous allons bientôt y lancer le premier parcours Rêv’Elles. Ensuite, nous aimerions aller à Lille en 2022. L’association grandit et l’implantation nationale de 3F pourra nous aider à atteindre plus de jeunes filles pour qu’elles puissent bénéficier de nos programmes.

 

 

Rêv’Elles en quelques chiffres 

Une communauté de plus de 200 Rôles Modèles

75 % ont entre 15 et 17 ans au moment du parcours (chiffres 2018)

43 % d’entre elles vivent dans un quartier prioritaire de la ville ou un quartier de veille active

91 % des participantes estiment que le programme les a aidées à savoir quelles questions poser à des professionnel.les, et à se sentir plus à l’aise pour le faire

88,8 % estiment que le programme les a aidées à savoir comment chercher des informations pouvant les aider dans la construction de leur projet professionnel


 

 

 

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